Je vais essayer de te synthétiser tout ça, de manière grossière.
Une action est un fragment du capital d’une société, donc de la propriété d’une société. Les actions sont cotées sur différentes places de marché, en fonction de critères subjectifs (politiques, économiques, historiques, etc.), propres à chacune des boites. Par exemple, dernièrement, Prada
prépare une introduction en bourse -donc vente d’une partie de son capital- à Hong Kong car les dirigeants, banquiers/conseillers de la boite, estiment que c’est la meilleure place pour lever des fonds (abondants là-bas) et, disent-il, se rapprocher du client (croissance importante du marché en Asie). De même que d’autres boîtes, comme Mittal, décident de se coter à Amsterdam car, dit-on, la règlementation boursière, financière, comptable, etc. y est moins contraignante (en tout cas spécifique). Et ainsi de suite…
Venons-en à ta question : qu’est-ce qui détermine le prix d’une action ? Eh bien, tout simplement l’idée que les opérateurs se font de son prix, et donc du prix de la société.
On va diviser les opérateurs en deux groupes, pour faire simple :
- les spéculateurs (day-traders, swing-traders, etc.) en tout genre (particuliers, professionnels, machines, etc.)
- les investisseurs (particuliers et professionnels)
Le spéculateur cherche à faire du profit à court terme, en général sur des durées allant de 1 jour à plusieurs semaines, voire quelques mois. Donc sur des durées aussi courtes, il se
préoccupe peu ou pas de la santé financière d’une entreprise (ses fondamentaux). Ce qui l’intéresse essentiellement, c’est la tendance du moment (définie selon son horizon d’investissement et/ou les opportunités) et la stratégie à adopter (approche purement technique par les graphiques, lecture des carnets d’ordre, programmation informatique, réactions aux publications micro et macro, etc.). Le socle de son approche est de coller à la tendance, « trend is your best friend ».
L’investisseur, lui, se positionne sur une durée plus longue, allant en générale de plusieurs mois à plusieurs années. Lui, se souciera principalement des fondamentaux de l’entreprise. Là encore, il y a plusieurs façons d’investir, tout comme il y a X raisons pour qu’une action décale. La plupart des grands investisseurs disent que le meilleur moment pour investir dans les actions est quand personne ne s’y intéresse : en gros, faire le contraire du spéculateur et être « contrarien ».
Je grossi un peu le trait mais c’est pour schématiser, car on peut très bien être investisseur tout en cherchant à bien timer son positionnement à court terme, comme on peut vouloir spéculer et ‘porter’ une position gagnante sur la durée. Voilà pour l’explication.
Après je ne peux pas rentrer dans les détails des différentes stratégies de spéculation ou d’investissement car ce serait sans fin. A chacun d’apprécier à sa manière, de trouver son style, ses critères, son approche, etc. A noter qu’une stratégie peut fonctionner un jour et ne plus marcher le lendemain (c’est surtout valable pour la spéculation car à court terme les mouvements sont plus importants), de même que les marchés à long terme finissent toujours par refléter tôt ou tard la réalité économique d’une entreprise.
Un exemple concret pour essayer de montrer deux points de vue différents.
On va prendre l’action
Total, cotée à Paris, qui est relativement simple à valoriser, contrairement à d’autres sociétés au business plus cyclique, valeurs de croissances, etc.
Prenons le
résultat net des cinq derniers exercices uniquement (en milliards d’euros) :
2006 – 11,768
2007 – 13,181
2008 – 10,590
2009 – 8,447
2010 – 10,571
Une moyenne sur cinq ans donne un résultat médian de 11 milliards d’euros.
Les ‘plus’ de la boîte :
- la société a un business model solide, produit des résultats réguliers, avec un cash flow récurrent (d’ailleurs moins de la moitié des résultats est redistribué aux actionnaires) ;
- en période d’incertitude économique, les résultats restent capés et le dividende maintenu (pour exemple, 33% de redistribution des bénéfices en 2008 -avec un baril à plus de 100 dollars- et de 66% en 2009 lorsque le prix du pétrole s’est en partie écroulé) ;
- société faiblement endettée (9 milliards à fin 2010) et disposant d’une importante trésorerie (15 milliards en banque, fin 2010) ;
- valeur de rendement avec une distribution trimestriel du dividende (pour un cours à 33 euros, le rendement brut est de 6.90%) ;
Bien sûr il y a aussi les ‘moins’ comme les risques géopolitiques dans les pays producteurs, risques macro-économiques qui feraient reculer le prix des matières premières, risques d’accidents industriels, marées noires, manipulations comptables, etc.
On en vient alors à la valorisation par le marché.
En général, un marché « sain » valorise 14 à 15 fois les bénéfices attendus d’une société.
En 2007, le marché était valorisé 18 à 20 les bénéfices attendus.
Début 2009, la moyenne est tombée à 6/8 fois les bénéfices.
Actuellement, sur le SP500, la plupart des sociétés se paient environ 12/13 fois leurs bénéfices, contre une moyenne de 8/9 fois pour les marchés européens actuellement.
Avec un cours à environ 33 euros, Total se paie :
2.4 (nombre de titres en milliard) x 33 (cours de l’action) = 79 milliards.
79 milliards / 11 milliards (résultat médian) = environ 7 fois ses bénéfices attendus (puisque là les résultats sont moins aléatoires que d’autres sociétés).
Dans un marché qui valoriserait l’action 12 fois ses résultats (partons toujours du principe que les résultats restent stables), cela donnerait : 12 x 11 milliards = 132 milliards / 2.4 milliards de titres = 55. Soit un titre à 55 euros.
Bien entendu, c’est une analyse basique, purement schématique et subjective, mais elle a pour unique but de démontrer que, si l’on part du principe que les ‘plus’ l’emporte largement sur les ‘moins’, eh bien l’investisseur aura tout intérêt à acheter le titre lorsqu’il plonge, pour ainsi le revendre lorsque le marché corrigera ses excès, voire lorsqu'il sera 'euphorique' (approche contrarienne).
Alors que le spéculateur devra en aucun cas essayer de rattraper un couteau qui tombe et
préfèrera même vendre le titre ou, du moins, l’acheter plus cher, dans une tendance à la hausse.
D’où deux approches différentes, deux analyses différentes. Cela dit pour un même objectif : le profit.