Cushing plein à craquer... pourtant le brut franchit les 83 $
Isabelle Mouilleseaux
Le CAC termine la semaine en hausse de 2,75%, le Dow progresse de 1,5%, Shanghai de 2,5%, le Nikkei de 2,4% et le Dax de 1,3%.
L'optimisme règne sur la planète finance. Normal, les indicateurs économiques sont mauvais ! Qui dit mauvais indicateurs, dit reprise fragile. Voilà qui fait la joie des investisseurs !
Pourquoi ? Tout simplement parce que les politiques monétaires ultra-laxistes qui entretiennent l'envolée des cours des actifs seront prolongées d'autant plus longtemps.
En clair et sans décodeur : impossible à la
fed de siffler la fin de la partie... Faites vos jeux, messieurs dames, faites vos jeux...
Certes, aux Etats-Unis l'indice ISM des directeurs d'achat du secteur manufacturier progresse. Mais on note parallèlement la chute alarmante de 16% en novembre des promesses de ventes immobilières. Déception également du côté de l'emploi avec 85 000 emplois détruits (contre 8 000 attendus). L'emploi s'inscrit en baisse de 3% sur l'année 2009, avec 4,6 millions d'emplois détruits sur l'année. Jamais on n'avait vu cela depuis 1949.
Parallèlement, la Banque centrale chinoise a relevé son taux à trois mois à 1,3684%. Du coup, les investisseurs craignent une remontée du taux directeur chinois et un resserrement de la politique monétaire actuellement ultra-accommodante. Politique qui permet de soutenir l'activité (et le cours des actifs !).
L'euro/dollar évolue dans un range compris entre 1,43 et 1,4450.
Petit tour d'horizon de nos matières...
1. Energie : le pétrole au-dessus des 83 $
Il a définitivement le vent en poupe. Commençant l'année en trombe, avec un point haut touché mercredi à 83,44 $ le baril à New York (plus haut de 15 mois), grâce à un moment de faiblesse du dollar.
Le brut est surtout soutenu par la spéculation qui joue la hausse du cours pour cause de froid extrême, tant en Europe, qu'aux Etats-Unis et en Chine. Le froid est glacial et la neige s'invite partout. Ce qui devrait doper la demande...
Pourtant, les fondamentaux (offre/demande) sont loin d'être positifs. Le terminal de stockage américain de Cushing est toujours à des niveaux stratosphériques. Nous sommes à deux millions de barils du seuil de saturation !
De plus, les stocks hebdomadaires de brut aux Etats-Unis sont eux aussi en hausse de 1,3 million de barils, alors que le consensus s'attendait à un repli de un million de barils. Les stocks d'essence sont également en hausse de 3,7 millions de barils. Du coup, le cours du brut s'est replié vers les 81 $. Les investisseurs en ont aussitôt profité pour revenir à l'achat à bon compte...
Fin de semaine, le WTI cotait 83,09 $ -- il cote au moment où je vous écris 83,456 $ -- et le Brent 81,75 $, livraison février (82,06 $ en ce moment).
2. Métaux précieux : l'or revient au-dessus des 1 150 $
En ce début d'année, l'or revient au-dessus des 1 100 $, avec un point haut à 1 140 $. Le rebond du dollar perd de sa vigueur, ce qui atténue la pression vendeuse.
Parallèlement, la hausse du cours du pétrole (inflationniste) et le redémarrage de la demande en bijouterie indienne, soutiennent l'once.
L'annonce des mauvais chiffres de l'emploi américain a également affaibli le dollar et dopé l'or, les investisseurs pariant sur la continuation des politiques monétaire laxistes.
La fédération des principaux producteurs d'or (Bullion Market Association) vient d'annoncer ses anticipations de cours pour 2010. Le cours de l'or devrait s'établir sur l'année à 1 199 $, celui de l'argent à 19 $.
Au moment où je vous écris, l'or revient à 1 157 $.
L'once d'argent a terminé la semaine à 18,12 dollars, tiré à la hausse par l'or. Fort rebond à 18,80 $ ce matin.
Les platinoïdes battent de nouveaux records sur la semaine, revenant au plus haut depuis l'été 2008. Ils bénéficient de la création de fonds permettant aux investisseurs particuliers américains de miser sur les platinoïdes. Ces fonds détenant des réserves physiques de platine ou de palladium. Voilà un nouveau débouché qui tombe à pic pour absorber l'offre en platinoïdes.
Ces métaux bénéficient aussi de l'amélioration des perspectives de l'industrie automobile (65% de leurs débouchés).
Vendredi, le platine cotait 1 570 $ et le palladium 430 $.